Témoignage d'Yvette - maman d'une fille lesbienne

Témoignage d'Yvette - maman d'une fille lesbienne

01/09/2018

"Ma chérie,

Tu me parlais tout à l’heure au téléphone de votre petite soirée romantique d’hier où vous avez fêté l’anniversaire de votre rencontre. 9 ans déjà ! J’entendais ta voix pétillante me raconter combien ta journée de travail t’avait semblé longue et combien tu avais hâte de rentrer chez vous. Tu savais qu’un petit dîner t’attendait et tu allais offrir ton petit cadeau d’amour. Qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? Des milliers de couples fêtent ainsi leur anniversaire de rencontre. Mais, les autres ont leur histoire que je ne connais pas. Toi, tu es ma fille, je fais partie de ton Histoire. Je sais que je te l’ai rendue plus difficile. Alors que je m’appliquais à faire de mon mieux pour être une mère attentive et aimante, je te compliquais ta jeune vie d’adolescente. Absorbée que j’étais dans le tourbillon des obligations et des conventions je n’ai pas su te voir telle que tu étais. Combien de nuits tourmentées as-tu passées avant de trouver le courage de me dire ce que je me refusais de voir !

Ce jour-là, j’aime me souvenir, tu m’avais proposé de venir passer quelques heures avec toi, dans la petite ville où tu habitais à l’époque. Tu m’avais préparé un petit dèj’, café fumant et viennoiseries, que j’affectionne particulièrement. Tu m’avais dit « viens sans papa, on pourra mieux discuter ». Il nous arrivait parfois de nous réserver des moments de complicité « entre filles », ta proposition ne m’a pas étonnée. Mais j’ignorais ce jour-là que tu avais une mission bien précise. Combien de temps passé à te demander comment tu allais t’y prendre ? Combien d’heures à tourner et retourner les phrases dans ta tête, à choisir les mots ? Pour finalement en arriver à cette phrase si simple mais si claire : « maman, je suis amoureuse d’une fille, elle s’appelle Florence ». Moi qui arrivais tranquille avec mes pots de confiture et un joli gâteau confectionné par ton papa. Je mesure aujourd’hui, à quel point j’étais en décalage ! J’étais soulagée. Ton mal être pendant plusieurs années, tes silences autour de ta vie affective prenaient tout à coup sens.

Avec ton père, nous avions évoqué nos craintes d’une addiction quelconque, ou d’une mauvaise rencontre. Mais nous n’avions pas envisagé cette situation. Tu étais amoureuse ! C’était ça l’essentiel ! Ce jour-là, que ce soit d’une fille ne m’a pas gênée. J’ai tout de suite voulu connaître Florence. Nous l’avons rejointe sur le parking du supermarché où elle s’était réfugiée pendant que tu avais la lourde tâche de me dévoiler son existence. Nous avons passé le reste de la journée ensemble, toutes les trois. En rentrant le soir, seule, j’ai compris que je le savais depuis longtemps déjà. Me sont revenues des bribes de conversation, des situations, autant de perches tendues par toi pour me mettre sur la voie. Je n’ai pas su les saisir à ce moment-là. Pourquoi ? C’est pour élucider ce pourquoi que je suis allée vers l’association CONTACT.

Je t’ai déjà dit tout cela. Mais aujourd’hui j’ai envie de te l’écrire, et je me rends compte à quel point il est difficile de trouver des mots simples et concis pour décrire avec le plus de fidélité possible les souvenirs des faits et des émotions ressenties.
Un de mes rêves les plus chers est de vous voir vous promener toutes les deux main dans la main, dans la petite ville où vous avez choisi de vivre, et dans n’importe quel autre endroit du monde. Je voudrais que cessent ces regards, au mieux surpris, au pire haineux, qui t’empêchent encore aujourd’hui de vivre ton amour librement, comme le font ton frère et son amoureuse ou ta soeur et son amoureux. Je te souhaite une infinité d’anniversaires comme celui dont tu me parlais tout à l’heure. Continues à chérir ta petite chérie."

Yvette, CONTACT Haute-Garonne

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