« Faire le deuil de la fille qu'on a mise au monde »

 « Faire le deuil de la fille qu'on a mise au monde »

27/03/2018

 « Faire le deuil de la fille qu'on a mise au monde »

Lucas, 17 ans, est transgenre. Né dans un corps de fille, il se sait garçon. Sa mère, Sandrine, a appris à accepter, mais le chemin n'a pas toujours été simple. Nous les avons rencontrés à Sainte-Flaive-des-Loups, en Vendée.

Né dans un corps de fille, il s'est progressivement compris comme garçon. Sa mère, séparée de son père, l'accompagne, malgré les difficultés à « faire le deuil de la fille qu'on a mise au monde ».

 « J'ai encore du mal à accepter totalement, mais je l'accompagne. » Assise dans un pavillon de Sainte-Flaive-des-Loups, Sandrine Kemener parle franchement. À ses côtés, son fils, Lucas écoute, et raconte aussi, volontiers.

Il y a 17 ans, il est né dans un corps de fille. « Ça ne vous embête pas de ne pas écrire mon prénom de naissance ? » Il a choisi celui qu'on lui donne désormais, Lucas, avec ses amis. Jusqu'en classe de 3e, c'était une adolescente, à la féminité même exagérée, « pour rentrer dans le moule », confie-t-il. Un jour, il a décidé de couper ses cheveux. De reprendre le style vestimentaire « garçon manqué » qu'il arborait à l'école primaire. Bref « de m'assumer comme je le voulais. »

« Maman, je veux me faire enlever la poitrine »

Mais jusqu'alors, il ne s'était jamais posé la question de son genre. « Je n'avais jamais réussi à me dire que j'étais une fille. Pour moi, tout le monde était humain, simplement. Mes amis, à l'entrée au lycée, m'ont aidé à m'accepter progressivement comme un garçon. »

Sa mère se souvient. « Il avait 14 ans et m'a dit : maman, je veux me faire enlever la poitrine. Je n'ai pas compris... Je l'ai engueulé. L'entrée au collège avait été compliquée. Pour moi, c'était une crise d'ado classique. »

Sandrine assume ne pas avoir accepté totalement. « Avoir un enfant homo, ça ne me posait aucun souci. Mais trans, c'est plus compliqué à envisager. » Pourquoi ? « Il faut faire le deuil de la fille qu'on a mise au monde. L'appeler Lucas, dire il, c'est compliqué tous les jours. »

Peu à peu, la maman a cheminé. Depuis 2016, tous deux participent aux groupes d’écoute et de parole de l'association Contact, dont l'un des buts est d'aider l'entourage à accepter l'identité sexuelle de son enfant. Elle accompagne son enfant dans sa « transition. Je ne vais pas l'empêcher. S'il a besoin que je le conduise quelque part, je le fais. »

Notamment aux rendez-vous chez le psychiatre, à Nantes, un suivi obligatoire pour les mineurs avant tout traitement hormonal. « Moi qui suis assez bio, ça me fait un peu peur pour la santé, la prise de testostérone. Et ces histoires d'opération, ce n'est pas anodin... »

« Moi, j'ai hâte de commencer le traitement, note Lucas. Je ne me sens pas forcément très bien dans mon corps, mais je me dis que ça ira de mieux en mieux. » L'ado espère alors que sa mère « sera heureuse pour moi ».

Celle-ci confie d'ailleurs avoir eu un déclic, lorsqu'à la rentrée en terminale, dans son lycée des Sables-d'Olonne, son enfant a expliqué sa transition à toute la classe et à sa prof principale.

 « On s'est dit que pour qu'il soit capable d'en parler à tout le monde, c'est qu'il en avait vraiment besoin. » Courageux. Et productif. « Maintenant, tout le monde m'appelle Lucas, même la dame de la cantine ! » sourit-il. « Il est plus épanoui. C'est la première année où tous ses profs le félicitent de son travail », relève sa mère.

S'ils assurent être bien accueillis en Vendée, la situation reste compliquée avec le reste de la famille, notamment les grands-parents. « Personne n'entame le dialogue avec moi là-dessus », regrette Lucas. « C'est peut-être à toi de le faire ? » questionne sa mère. « Une prochaine étape », souffle l'ado.

Le témoignage dans le journal en est une autre. Lucas le fait « pour que les gens concernés sachent qu'ils ne sont pas tout seuls ». Sa mère y voit un « côté libératoire », et l'occasion d'échanger avec « d'autres parents d'enfants transgenres ou qui ont fait leur transition ».

Sandrine a conscience de « situations très difficiles. Il y a des enfants qui ont été mis à la porte de chez eux. » Inconcevable pour elle. « Quoi que fasse mon enfant, ma porte lui sera toujours ouverte. »

Clémence Holleville

 journaliste OUEST-FRANCE

Mardi, 27 mars, 2018

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